Histoire Antique & Médiévale n° 89
Brutus, le personnage historique. Mythe et réalité

N° 89 - Janv. / Févr. 17

7,50 €

ISSN : 1632-0859

Quelle trace aurait laissée Marcus Junius Brutus dans l’Histoire s’il n’avait été mêlé à l’un des événements qui a le plus marqué celle-ci, et pas seulement dans l’Antiquité : l’assassinat de Jules César, le 15 mars 44 ?
Peut-être eût-elle été insignifiante. Il est à cet égard significatif que sur les 61 chapitres composant la Vie de Brutus rédigée par Plutarque, seulement quatre précèdent le récit de la guerre civile, et neuf celui du complot contre César…
Mais la participation de Brutus à ce meurtre fut sans nul doute, indépendamment de l’impact immédiat de celui-ci, un des facteurs qui contribua le plus à lui donner son retentissement en raison du symbole lié à la personnalité paradoxale de celui qui en devint l’âme, peut-être à son corps défendant. Paradoxale et complexe, car l’enchaînement des péripéties qui s’ensuivirent le conduisit à dévoiler des capacités que laissait peu entrevoir le début de sa carrière. Jusqu’à sa mort, Brutus semble une chrysalide dont l’imprévisible mutation conduit à la naissance d’un être qui prend toute la grandeur vers laquelle il n’a cessé de tendre le temps d’un coup de glaive, lequel sublime celle-ci, tout en mettant un terme aux déchirements qui l’ont sans cesse habité.
L’existence de Brutus est mue par un drame poignant qui fait de lui un héros tragique par excellence. Sans doute est-ce pour cette raison que, par-delà des siècles qui n’avaient guère conservé de lui que le souvenir de son acte et de sa mort, Shakespeare, imprégné des historiens antiques, et notamment de Plutarque, choisit symboliquement de conduire son Jules César – qui aurait pu s’achever avec la mort de ce dernier – jusqu’au suicide de Brutus, faisant de celui-ci l’un des personnages les plus pathétiques de son œuvre dramatique et, malgré le titre, le plus important de sa pièce, celui autour duquel elle s’articule.
Le portrait qu’il peint de lui fut-il conforme à ce que nous savons de la réalité ou le fruit d’un embellissement, d’une de ces idéalisations qui transcendent certains hommes en dépit de ce qu’ils furent vraiment ?
En un mot, Brutus fut-il de tous les Romains le plus noble - the noblest roman of them all (Jules César, V, 5) ?

nota : toutes les dates s’entendent avant Jésus-Christ.

Dossier

La vertu cherche sa voie
La vertu s’insurge

La vertu prend les armes

Le désarroi de Brutus après les ides de mars fut patent. Tout lui montra dès les premiers instants que la mort du prétendu tyran n’avait en rien résolu les problèmes dans lesquels s’enfonçait la République. Ils étaient dus, en fait, à une évolution historique autant qu’aux hommes entre les mains desquels elle était peu à peu tombée – hormis quelques-uns, comme lui et Cicéron. À commencer par un sénat réduit à l’impuissance par une déliquescence devenue chronique.

Magazine : Histoire Antique & Médiévale n° 89 Page : 30-35

Date : 02/01/2017

Vertu et dignité
De tous les Romains Brutus fut-il le plus noble ?

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